On a effectué un séjour express en Arles pour prendre la température de cette nouvelle édition des Rencontres. Au programme : des expos, des stages, des colloques, des projections de nuit… Quelques noms alléchants se sont glissés dans le menu : David Bailey, Raymond Depardon, Denis Rouvre, Patrick Swirc… Il fallait qu’on aille goûter cela de plus près.

Malgré une météo en demi-teinte, les touristes photographiques ont répondu présents : shorts, sandales et chemisettes ont envahi Arles, souvent assortis de bandoulières Canon, Nikon ou, pour les plus avertis/fortunés, Leica. Mais arrêtons-là les remarques matérielles pour nous plonger dans les tirages.

 

Jour 1 : des visites, une vente aux enchères et une nuit photographique

Pour inaugurer cette nouvelle édition des Rencontres d’Arles, on a démarré par le portrait. Direction l’Eglise Saint-Anne qui accueille toute une collection de photos de David Bailey. Le photographe britannique a tiré le portrait de nombreuses stars, de Mick Jagger à Kate Moss, en passant par Salvador Dali. Mais le talent du portraitiste ne se limite pas à cela. Il ne faut pas rater ses clichés de truands patibulaires de l’East End ou les portraits qu’il a consacrés à sa femme Catherine.

David Bailey

David Bailey

David Bailey

David Bailey

 

Encore affamés de portraits, nous avons taillé la route jusqu’à l’Abbaye de Montmajour où sont exposés les photos de Vincent Perez et de Patrick Swirc. Nous avons eu la chance de bénéficier des visites guidées et commentées par les deux artistes. Il s’agit d’une grande première pour l’acteur qui s’est pourtant consacré à la photo avant de se diriger vers le cinéma.  Si ses portraits témoignent d’une belle maîtrise de l’épure, ses photos de danse méritent encore plus le coup d’œil.

Vincent Perez

Vincent Perez

Vincent Perez

Vincent Perez

 

Du côté de Patrick Swirc,  c’est une avalanche de stars qui envahit les murs. De Clint Eastwood à Gérard Depardieu en passant par Martin Scorcese ou Catherine Deneuve, les visages connus se comptent par dizaines.

Patrick Swirc : Don't Move

Patrick Swirc : Don’t Move

Patrick Swirc : Don't Move

Patrick Swirc : Don’t Move

 

Patrick Swirc livre quelques  anecdotes à propos du mauvais caractère de Robert Redford ou comment il a obtenu un sublime portrait de Juliette Binoche avec une capuche de sweatshirt. Bref, l’homme est riche en histoires et on pourrait passer des heures à le suivre. Mais l’appel des autres expos se fait sentir…

Retour au centre ville d’Arles pour explorer la Walther Collection qui a pour thème « Typologie, taxinomie et classement sériel ». Un riche programme s’étalant dans tous les étages de l’espace Van Gogh.  En vrac, nous avons un herbier du début du siècle réalisé par Karl Blossfeldt, des coiffures nigérianes de J.D. Okhai Ojeikere, quelques images de décomposition du mouvement d’Eadweard Muybrydge et l’intégralité des photos de la série « 101 pictures for Robert Franck (private diary) » de Nobuyoshi Araki.

The Walther Collection : Karl Blossfeldt

The Walther Collection : Karl Blossfeldt

The Walther Collection : J.D. ‘Okhai Ojeikere

The Walther Collection : J.D. ‘Okhai Ojeikere

The Walther Collection : Nobuyoshi Araki

The Walther Collection : Nobuyoshi Araki

 

Pour finir cette première journée, nous avons assisté à la table ronde consacrée à la place de la photo amateur dans l’histoire de la photographie. On vous en reparlera dans un prochain article. Puis ce fut l’heure des enchères photographiques au cours desquelles les passionnés pouvaient acquérir des tirages d’anonymes et de photographes de renom comme Willy Ronis, Henri Cartier-Bresson ou Brassaï.

Enchères photographiques

Enchères photographiques

 

Une fois le soleil couché, nous nous sommes glissés dans le théâtre antique pour assister à l’une des nuits de la photographie. Ce soir là, après la remise des prix Pictet et European Publishers Award 2014, Vik Muniz est venu nous raconter son parcours avec plein d’enthousiasme et une bonne dose d’humour.

 

Jour 2 : un colloque et un marathon de visites

Après une bonne nuit de sommeil et un petit dej au soleil, on attaque notre deuxième journée par un colloque dédié aux nouvelles pratiques photographiques (le numérique, les selfies et tout ça). Comme pour la table ronde, nous reviendrons sur cet événement passionnant lors d’un prochain article.

A la suite de cette mise en bouche, nous sommes allés explorer à nouveau les rues d’Arles. Direction l’Eglise des Trinitaires pour découvrir les dernières créations de Vik Muniz. L’artiste brésilien s’est attelé à la création de photo en très grand format à base de découpage et de collage de photos de famille et de cartes postales.

Vik Muniz : Album

Vik Muniz : Album

 

Après ce voyage frais et ludique, direction le Bureau Des Lices pour nous immerger dans l’une des plus belles réussites des Rencontres d’Arles : une collection de cent ans de livres photos chinois réunis par Martin Parr et les artistes WassinkLundgren. Les documents montrés sont déjà assez exceptionnels, mais la forme de l’expo donne un sens particulier à ce qui est dévoilé.

Martin Parr et WassinkLundgren : les livres de photographies chinois

Martin Parr et WassinkLundgren : les livres de photographies chinois

 

Comme on peut le voir sur les images ci-dessus, les visiteurs sont tous armés d’une lampe torche pour découvrir les images et livres dans des salles plongées dans l’obscurité. Grâce à cet accent mis sur l’investigation, la recherche, on se rend compte de l’ampleur du travail demandé pour réunir ces images. Bref, cette expo ne se donne pas, elle prend la forme d’une enquête, voire d’une quête tout simplement.

Martin Parr et WassinkLundgren : les livres de photographies chinois

Martin Parr et WassinkLundgren : les livres de photographies chinois

Martin Parr et WassinkLundgren : les livres de photographies chinois

Martin Parr et WassinkLundgren : les livres de photographies chinois

 

Après cette intrigante plongée dans l’histoire, nous faisons un petit détour par l’Eglise Saint-Blaise avant de rejoindre le Parc des Ateliers. Dans l’église, un écran géant montre des visages fixes pendant que des voix résonnent. Le travail de Denis Rouvre sur l’identité donne à voir et à écouter. Aux regards exposés s’ajoutent des histoires, des bribes de vies, des accents d’ici et d’ailleurs. La réalisation est belle même si on regrette que les conditions de la projection vidéo ne rendent pas totalement hommage au travail de Denis Rouvre sur la lumière.

Denis Rouvre : Identités, territoires de l'intime

Denis Rouvre : Identités, territoires de l’intime

 

Changement de décor et d’ambiance dans les anciens ateliers SNCF. Le foisonnement d’œuvres est tel dans ces lieux qu’on peut facilement y passer la journée entière ! Entre les photographes néerlandais regroupés par Erik Kessels dans Small Universe, les tables infinies de livres à feuilleter, le regard ne sait plus où donner de la pupille.

Small Universe

Small Universe

Small Universe : Hans Eijkelboom

Small Universe : Hans Eijkelboom

Ouvrages reçus pour le Prix du livre d'auteur et le Prix du livre historique

Ouvrages reçus pour le Prix du livre d’auteur et le Prix du livre historique

 

Mais ce n’est pas tout ! Les entrepôts abritent aussi les œuvres surréalistes de Chema Madoz, les sublimes photos de Ciril Jazbec sur les chasseurs du Groenland ou encore les travaux de quatre anciens lauréats du prix Pictet comme Nadav Kander ou Mitch Epstein.

Chema Madoz : angle de réflexion

Chema Madoz : angle de réflexion

Ciril Jazbec : Sur une mince couche de glace

Ciril Jazbec : Sur une mince couche de glace

Rétrospective du prix Pictet

Rétrospective du prix Pictet

 

Et on a juste eu le temps de parcourir les portraits de Lucien Clergue avant que l’horloge nous rappelle à l’ordre pour sauter dans le train. Inutile de vous dire que ces 48 heures ont été trop brèves pour saisir toute la sève créatrice qui circule dans les rues arlésiennes.

On espère vous avoir donner envie de faire une halte en Arles pour voir les belles expos illustrées ci-dessus et découvrir celles que nous n’avons pas eu le temps de visiter. Et on compte sur vous pour nous montrer tout ce qu’on a raté !