On parle souvent des photographes professionnels, mais l’amateur a tout de même une place d’importance dans l’histoire de la photographie. Nous avons pu constater cela au cours de deux tables rondes/débats organisés aux Rencontres d’Arles.

Les photographes amateurs sont très précieux pour la photographie, et ce sont des professionnels qui le disent. Pour Erik Kessels, l’art photographique est aussi vivant grâce aux amateurs, qui ont une approche particulière de la photo. Il cite notamment leur rapport à l’erreur, ou plus précisément le droit à l’erreur de l’amateur qui pourra le pousser davantage à sortir de sa zone de confort.

Le photographe Joan Fontcuberta est du même avis et va plus loin. Il explique que la photographie a survécu à travers les décennies notamment parce qu’il y a des amateurs capables de provoquer des accidents, de gêner l’inertie. Pour lui, l’amateur a « sécularisé l’image ». Les nouvelles technologies ont contribué à cette massification de la production et les amateurs sont au cœur de ce mouvement.

Table ronde : La photographie amateur dans l'histoire de la photographie

Table ronde : La photographie amateur dans l’histoire de la photographie

Si cette désacralisation et Internet ont « amené du fun dans les images », comme le dit Erik Kessels, le revers de la médaille est l’apparition de copies. Il ne s’agit non pas d’images volées sur Internet mais plutôt de l’imitation. Une photo qui rencontre du succès sur les réseaux va automatiquement et rapidement engendrer des copycats, des photographes qui vont simplement reproduire la prise de vue.

Certes, cet effet d’imitation existe mais il n’est pas si répandu. Pour Fontcuberta, le problème est ailleurs, le nombre d’images créées est tel que la plupart de la production va rester invisible.

Cette profusion de création d’images se rencontre aussi chez les ados, dont certains seront les photographes passionnés de demain. La sociologue Joëlle Menrath a profité de ces Rencontres pour présenter son minutieux travail sur les nouveaux usages de la photo, notamment chez les adolescents qui sont de grands producteurs d’images.

Pour eux, l’acte photographique prend le pas sur l’image en elle-même, la photo équivaut à un support de mémoire.  L’image est donc vue comme un marqueur temporel, social. Même le selfie, pourtant perçu comme une pratique narcissique, participe à l’utilisation de l’image comme un outil social, créant du lien.

Nul doute que cette génération, qui a grandi entourée d’écran, va développer une relation très spéciale à l’image. Et même si les ados d’aujourd’hui font parfois grincer les dents de l’arrière garde photographique parce qu’ils en bouleversent les codes, les prochaines années s’annoncent riches en photos et en audace. Amateurs, à vos déclencheurs !