Bruce Davidson n’a certainement pas la renommée qu’il mérite. Ce nom est familier à ceux qui s’intéressent au photojournalisme, mais il n’est pas aussi illustre que Capa, Depardon, Erwitt ou Cartier-Bresson. Pourtant ses images sont incroyables et Cartier-Bresson ne s’y est d’ailleurs pas trompé en l’engageant à l’agence Magnum dès 1958, Davidson a tout juste 25 ans et sort du service militaire.

On ne va pas refaire la bio de ce photographe à l’oeil acéré, vous en trouverez une très bonne sur le site de l’agence Magnum. Intéressons-nous plutôt à 3 de ses photos les plus symboliques.

1 – The Dwarf

USA. Palisades, New Jersey. 1958. The Dwarf.

USA. Palisades, New Jersey. 1958. The Dwarf.

Cette photo fait partie d’un reportage que Bruce Davidson a consacré à Jimmy Armstrong, nain travaillant comme clown dans un cirque. Ce premier reportage réalisé juste après son entrée à Magnum témoigne déjà de ce regard humain, racontant une histoire à chaque image. Davidson raconte l’histoire de cette image :

« C’était une après midi brumeuse, quand j’ai vu le nain pour la première fois. Il était seul, devant le chapiteau en train de fumer une cigarette. Son corps difforme, sa tête de taille normale et ses petites jambes m’attiraient et en même temps elles me repoussaient. Il portait un petit costume à queue de pie, désuet et un chapeau-melon noir, tenant dans sa main un bouquet de fleurs en papier. Il était là, debout, dans l’intimité de ses pensées. En m’approchant de lui il a senti ma présence mais le déclic de mon appareil ne parassait pas le déranger. Il semblait savoir que c’était ce moment intime qui me subjuguait et non son visage de clown ou son apparence physique. Je voulais qu’il reste lui même et non pas qu’il joue le clown parce que je le photographiais. Il attendait le numéro musical qui allait le ramener aux sons et aux paillettes du monde merveilleux qui provenaient de la tente. Il disparut sous le chapiteau et je ressentis sa solitude et en même temps une certaine puissance se dégageait de cet homme qui faisait la moitié de ma taille. »

 

2 – The Brooklyn Gang

USA. New York City. 1959. Brooklyn Gang.

USA. New York City. 1959. Brooklyn Gang.

A peine âgé de 25 ans, Bruce Davidson suit un groupe de jeunes issus du quartier de Brooklyn. Il témoigne du quotidien de cette bande, appelée The Jokers, jouant au baseball dans la rue, investissant les jardins publics la nuit, faisant la fête sur les plages de Coney Island. Il en résulte un reportage qui montre que la jeunesse américaine de la fin des années 50 était déjà bien en contraste avec la société de l’époque.

 

3 – Time of Change

USA.  New York City.  1962.  Black Americans.

USA. New York City. 1962. Black Americans.

Entre 1961 et 1965, le photographe s’intéresse au mouvement des droits civiques, qui va totalement changer la société américaine en débouchant sur le « Civil Rights Act » qui interdit toute forme de discrimination raciale. Bruce Davidson suit les célèbres marches des Freedom Riders, mais témoigne aussi du quotidien des Afro-Américains qui luttent pour l’arrêt de la ségrégation et l’obtention du droit de vote. Ou comment les petites histoires s’inscrivent dans l’Histoire…

On vous conseille de dévorer les photos de Bruce Davidson, véritable conteur d’images, sur les sites suivants :

Magnum Photos

Artsy